Absent de l’édition 2025 de Fullwipe, le triple vainqueur du tournoi en 2022, 2023 et 2024 est revenu prendre son quatrième trophée en 2026.
On revient avec Grey sur son parcours sur Splatoon et ses expériences en LAN.
Propos recueillis par Dimitri. Photos par Focus, Timo et Emeth, par les photographes de Oktofest et Riptide.
Les débuts sur Splatoon
J’avais 13 ans quand Splatoon 1 est sorti. À la base, le jeu ne m’attirait pas du tout. J’avais vu le trailer, mais venant surtout de la Xbox et de jeux comme Call of Duty, les contrôles gyroscopiques me refroidissaient complètement. Finalement, des coéquipiers de mon équipe Smash bros (mdr) m’ont convaincu de l’acheter car ils voulaient ouvrir une section Splatoon de l’équipe et il coûtait “seulement” 40€ donc j’ai tenté.
Quand j’ai commencé à jouer, j’ai eu beaucoup de mal avec le gyroscope, donc j’ai fait l’erreur de jouer aux sticks au début par rapport à mon expérience Xbox. Un coéquipier m’a supplié de me mettre au gyroscope, car je jouais rouleau et selon lui avec cette arme il fallait jouer gyroscope pour choper les éliminations. J’ai eu du mal mais au bout d’une semaine ou deux, j’ai réussi à m’y habituer. Malgré les problèmes de contrôles au début, j’ai tout de suite accroché aux mécaniques : l’encre, la nage, les différentes classes d’armes… c’était vraiment unique et fun. À l’époque, il n’y avait même pas encore les modes ranked, donc je jouais uniquement en Guerre de territoire mais on avait pas besoin de plus à l’époque car c’était le tout début de la licence Splatoon.
Les débuts en compétition
Mes débuts en compétition sont un peu flous, mais je me souviens que pour intégrer une équipe, il fallait passer par des forums. Il fallait poster un message de présentation et une candidature avec ton âge, tes armes, ton rang etc...J’étais assez méfiant à l’idée de partager des infos avec des inconnus sur Internet surtout que les gens cherchaient des joueurs de 18 ans pour éviter les gamins immatures. Moi j’avais 13 ans mais je me considérais comme un peu plus mature que les autres de mon âge vis-à-vis du jeu, mais les gens ne souhaitaient pas trop l’entendre à l’époque, ce qui était frustrant, mais je comprends leur point de vue aujourd’hui en tant qu’homme de 24 ans mdr. Ensuite, si on te trouvait intéressant il y avait souvent un test en 1v1 (mdr) avec le capitaine pour voir si tu avais le niveau, ce qui paraît assez drôle aujourd’hui car un 1v1 ne détermine absolument rien sur ta capacité à bien jouer dans un jeu d’équipe.
Je me rappelle qu’un capitaine, dans une de mes premières équipes en 2015, m’avait dit que j’avais un gros potentiel. Parfois, je me demande si ces anciens coéquipiers savent que je suis devenu champion d’Europe depuis. À l’époque, on jouait surtout des compétitions en Guerre de territoire, et je me souviens m’être fait complètement écraser par la Koopa Clan sur la première version de Passage Turbot…
Heureusement ça ne m’a pas découragé en me faisant vendre ma console, au contraire j’ai trouvé ça super intrigant de me faire battre à plate couture comme ça et je voulais devenir meilleur. J’ai battu Koopa Clan environ 7 mois plus tard lors du French Friday #3 et pour moi c’était important car je marquais un cap dans mon histoire Splatoon, j’avais battu pour la première fois les mecs les plus forts de ma région (qui se limitait à la France à cette époque).
Les débuts en compétition
Ce qui était le plus étrange pour moi, au début, c’était de devenir ami avec des gens que je ne connaissais que sur Internet. Surtout à cet âge-là, je n’avais évidemment pas les mêmes centres d’intérêt qu’eux. Et puis au début, tu ne tombes pas forcément sur des joueurs qui ont les mêmes ambitions que toi, donc il a fallu du temps pour trouver les bonnes personnes et vraiment m’investir dans la compétition. J’ai eu de la chance dans mon parcours en rejoignant une équipe vers 2016 qui s’appelait Cooldown, j’ai fait la connaissance d’Erza qui avait le même âge que moi, et malgré son tempérament bien différent du mien, il souhaitait devenir le meilleur et il se démarquait déjà très clairement des autres joueurs par ses mécaniques, même à l’époque.
J’ai eu pas mal de doutes sur ma “carrière” durant Splatoon 1. Quand je parle aujourd’hui à des joueurs de la nouvelle génération, ils pensent que j’ai toujours été très fort dès le début mais la vérité c’est que j’étais juste un bon joueur, sans plus. Collectivement je ne gagnais pas forcément de tournois, et même individuellement je trouvais que des mecs comme Erza, Kronos, ou Banana, pour ne citer qu’eux, étaient BIEN plus forts que moi. Là où je me démarquais, c’était surtout par ma mentalité, j’acceptais qu’ils soient meilleurs que moi, et je voulais simplement les aider à gagner en les mettant en valeur, donc je voulais devenir le meilleur joueur support possible. Ça parait simple dit comme ça, mais pour un joueur de 14 ans à l’époque (et même aujourd’hui), c’était une mentalité assez unique. Je pense aussi que mon expérience compétitive sur d’autres jeux comme Call of Duty ou Overwatch m’a aidé à développer cette maturité d’esprit, comparé à la plupart des joueurs qui avaient Splatoon comme leur première expérience compétitive.
Le titre de champion d'Europe en 2019
Début 2017, j’ai été reconnu par des joueurs comme Sorin et fuzzy, qui faisaient partie des meilleurs joueurs de l’époque, et j’ai pu jouer avec eux. J’étais toujours dans mon équipe Cooldown à l’époque, et je ne voulais pas la quitter parce que je ne voulais pas les “trahir”. Mais Erza, qui avait quitté cette même équipe et était devenu Champion d’Europe, m’a fait réaliser que c’était le moment ou jamais de prendre une décision si je voulais vraiment progresser et un joueur gagner, surtout avec l’arrivée de Splatoon 2.
Fin d’été 2017, Nintendo annonce vouloir refaire un championnat du monde, avec un championnat de France et d’Europe. Pour moi, c’était énorme. A ce moment-là, j’avais un groupe de potes avec Alex, Banana, Kronos, Erza, Sorin et moi, et c’était fou dans notre tête de pouvoir représenter son pays ou bien même son continent. La plupart des gens de ce groupe ne pouvaient pas venir faire de LAN à cause des restrictions parentales dues au jeune âge, et certains habitaient assez loin, mais avec Kiver qui était pote avec Erza et Sorin, on arrive finalement à construire la première version de la Rogue. Le reste de l’histoire, la plupart la connaissent, Erza et moi on fait 4 fois champion de France, on parvient à faire champion d’Europe en 2019, ce qui reste l’accomplissement dont je suis le plus fier aujourd’hui. Malgré des défaites encore amères aujourd’hui au championnat d’Europe en 2018 et 2023, je suis très content de mon parcours et jamais je me serai dit en 2015 que j’accomplirais tout ça. Si j’avais dit au moi de 2015 que je jouerais et gagnerais encore en 2026, je ne sais pas comment il réagirait.
Les premières LAN
Ma première LAN, il me semble que c’était la Japan Expo 2017, je crois que c’était un peu avant que Splatoon 2 sorte officiellement. Je me souviens même que ma mère avait appelé celle de Sorin pour s’assurer que je puisse y aller en toute sécurité… J’étais jeune et je n’habitais pas à Paris, donc mes parents ne m’autorisaient pas à prendre le train pour y aller, surtout pour des satanés jeux vidéo. Avec le recul, je comprends leur position, mais sur le moment, c’était super frustrant pour moi de rester bloqué dans ma ville pendant que mes potes de Discord (et Skype mdr) se rencontraient sur place.
J’ai eu de la chance, à mes débuts, de tomber sur des gens comme Erza, Sorin, et Kiver, qui avaient les mêmes motivations que moi vis-à-vis du jeu, ils étaient excellent à Splatoon, super cools humainement, et surtout déjà très expérimentés en LAN comparé à moi.
À l'époque, j’étais assez timide, donc je pense avoir raté pas mal de moments avec la communauté. J’étais aussi très stressé par rapport aux résultats de ces LANs, donc je voulais être à 100% concentré sur la victoire et ne penser à rien d’autre. C’est quelque chose que je regrette aujourd’hui, parce qu’avec le recul, j'aurais aimé interagir davantage avec les gens. Je suis dans la communauté depuis longtemps, et pourtant je réalise que je ne connais pas tant de monde, tout comme pas grand monde ne me connaît en dehors de mes résultats compétitifs. Je regrette notamment ça lors des événements que j’ai faits avant le COVID (2018-2019), beaucoup d’amis de cette période ont tourné la page sur Splatoon, et j’ai perdu le contact avec eux. C’est quelque chose qui me rend triste quand j’y pense. Notamment durant le Championnat d’Europe 2019, le public et les gens présents étaient tous trop cools, mais j’étais tellement focus sur gagner que j’étais dans ma propre bulle. Je pense que c’est possible de combiner les deux mais à l’époque je n’avais pas assez confiance en moi.
Aujourd’hui, j’essaie justement de me rattraper et de m’ouvrir davantage aux autres.
Les premières LAN
Le fait de jouer devant un public stresse tout le monde si t’es humain, mais l’intensité de ce stress dépend de chacun et de sa capacité à le gérer. Personnellement, j’avais du mal à gérer ce stress. Par rapport à mes teammates de l’époque, je n’étais pas aussi accompli qu’eux, et on faisait déjà partie des favoris pour gagner l’événement, ce qui ajoutait encore une pression supplémentaire. Avec en plus ma timidité et une foule qui crie devant toi, c’était assez difficile à vivre. Heureusement, j’avais une très bonne équipe pour m’accompagner.
Je me souviens de la défaite au Championnat d’Europe 2018, où j’ai fait des erreurs que je ne fais jamais à cause du stress. C’est la seule et unique fois où une défaite m’a donné envie d’arrêter le jeu, je me sentais tellement mal, comme si j’avais trahi mon équipe. Cependant je n’ai toujours pas baissé les bras et je pense que cette défaite a été un déclic, parce qu’après ça, j’étais beaucoup moins tendu, j’avais déjà touché le fond en 2018, et ça m’a clairement aidé à remporter le Championnat d’Europe 2019. Certes le public était fantastique envers nous car c’était littéralement en France mais je m’en souviens être comme chez moi quand je jouais, c’était tellement simple et fluide.
Splatoon en LAN
En LAN, c’est presque un autre jeu, surtout sur un jeu aussi rapide que Splatoon, où il n’y a quasiment aucun temps mort pendant une partie. T’as l’impression que le temps passe beaucoup plus vite, et comme tu ne veux surtout pas faire d’erreur, tout le monde joue souvent plus prudemment et lentement, ce qui crée un contraste assez rigolo quand tu regardes la partie. Il y a aussi la communication in-game qui change beaucoup. En LAN, les joueurs crient à cause du stress, mais aussi pour se faire entendre à travers tout ce bruit de foule, ce qui rajoute une intensité folle par rapport au online.
Je me souviens déjà avoir complètement dominé des équipes et joueurs en ligne, puis avoir eu des matchs beaucoup plus serrés contre eux en offline, voir même avoir perdu car le niveau de tout le monde baisse en LAN à cause du stress.
Il y a aussi une vraie différence de meta entre le online et le offline. Vu qu’il n’y a pas de latence, certaines armes ou certains spéciaux se mettent à beaucoup plus briller, comme les Zookas, bombes ballons, le para-encre, et encore pleins d’autres deviennent meilleurs car tout fonctionne comme prévu. A l’inverse, des armes comme les Snipers ou les rouleaux deviennent un peu moins impactantes en LAN vis-à-vis de comment les gens jouent au jeu avec le stress, et le fait que certaines personnes tremblent.
Ce n'est pas forcément quelque chose auquel tu penses quand tu prépares une LAN, mais c’est toujours marrant de voir à quel point le jeu peut être différent en offline alors que c’est littéralement le même jeu.
Préparation de Fullwipe
On commence en général à jouer ensemble environ 2 semaines avant la LAN. On regarde la map list, on scrim, et on se focalise surtout sur les cartes de la phase finale. On identifie les maps sur lesquelles on a objectivement du mal, puis on les travaille davantage que celles sur lesquelles on est déjà à l’aise. Pour cette édition de Fullwipe, c’était un peu particulier, parce que notre composition est objectivement assez mauvaise car on ne peint pas beaucoup. Volty joue rouleau et moi et je joue blaster, ce sont deux armes qui ne peignent pas beaucoup, du coup ça demande vraiment que tous les deux on soit très constants, parce qu’on n’a pas vraiment le droit de se louper car nos armes sont très mauvaises en situation de désavantage.
En plus de ça, les deux autres membres de l’équipe, Promano et Yeti, doivent être très solides dans leurs rôles de backline et de support pour nous permettre de stabiliser la partie.
Heureusement, je sais que tout le monde dans l’équipe est capable de remplir son rôle, mais ça n’empêche pas d’être surpris le jour de la LAN, parce qu’en LAN, tout peut arriver comme j’ai dit plus haut.
On avait un plan B si jamais ça ne fonctionnait pas le jour J, avec l’idée de changer certaines armes sur Volty ou moi. Mais ce n’étais pas forcément en fonction de nos adversaires, parce qu’on ne savait pas vraiment qui on allait affronter ni ce que les autres allaient jouer. Nos adversaires de demi-finale avaient une compo pensée pour contrer Yeti et son crabe, en utilisant le Trizooka et Démolition, et c’était plutôt bien pensé car notre composition tournait beaucoup autour des timings de crabe. Donc si tu éliminais ce facteur là, ça rendait la partie beaucoup plus volatile et dure pour Volty et moi. Ca nous avait surpris et on avait perdu la première partie, malgré tout j’étais convaincu qu’on réussirait à s’adapter et on a bien réussi après en gagnant 3 games consécutives. En finale on jouait contre une équipe qui jouait une composition sans longue portée, donc on avait juste à jouer assez lentement, en abusant du fait qu’on avait un Crayon et pas eux et c’était assez simple.
Les récentes mises à jour n’ont pas eu énormément d’impact. Les changements étaient trop peu significatifs sur des armes ou des spéciaux qui étaient déjà peu populaires. En revanche, il y a eu deux choses importantes. D’abord, mon arme, S-BLAST, a été nerfed pendant que l’éclablaster s’est fait buffed. Mine de rien S-BLAST était déjà une arme assez compliquée à jouer, surtout avec un rouleau en tant que coéquipier, donc ce nerf me rendait la tâche encore plus difficiles. J’ai voulu tenter l’éclablaster et c’est une très bonne arme, et beaucoup plus simple que S-BLAST, mais on estimait que c’était vraiment très dur avec un rouleau donc j’ai gardé S-BLAST en disant que j’allais simplement devoir faire plus d’efforts et devenir meilleur. Ensuite, il y a eu la nouvelle mécanique d’Aura (Fièvre encreuse). En vrai c’est sympa quand tu l’as, mais ça ne change pas tant que ça le jeu. C’est un bonus intéressant, mais on ne construit pas vraiment sa stratégie autour, surtout quand le Districool est super présent dans la META et donne des avantages similaires, voire meilleurs.
D’un point de vue personnel, j’ai jamais vraiment apprécié les conventions comme la Japan Expo ou la PGW, il y a beaucoup trop de monde et de bruit, et comme je viens uniquement pour l’événement Splatoon, ça me semble plus gênant qu’autre chose. J’avais vraiment apprécié le côté convivial de Fullwipe à La Source et à Epitech, donc j’avais un peu d’a priori sur cette nouvelle version à Gones Games. Mais au final, j’ai trouvé ça sympa! Oui, c’est à Lyon et pas à Paris, donc l’événement global est plus petit que la PGW ou la JE, mais il y a véritablement un espace dédié Splatoon où on ne se marche pas dessus. Tu peux t’asseoir sur des chaises entre les matchs, discuter avec les gens sans crier. Côté joueurs, c’était parfait, les setups étaient bons. Les setups ont vraiment progressé au fil du temps, que ce soit les casques, les écrans, ou même les chaises. C’est particulièrement important d’avoir des bons casques pour bien isoler le bruit de la foule, tout en entendant parfaitement le son du jeu et les calls de tes coéquipiers.
Que ce soit en phases de groupe ou sur scène, pas trop d’attente entre les games, et côté spectateurs, ça semblait top aussi. À refaire 🙂
J’ai passé des bons moments avec mes coéquipiers et d’autres membres de la communauté. Je suis venu en voiture avec l’équipe, j’étais le conducteur… Départ de chez moi, samedi vers 5h du matin, je passe les récupérer à Paris vers 7h, puis direction Lyon pour arriver pile à l’heure des matchs de groupe à 14h. Malgré les prix en ce moment… se partager l’essence et le péage à 4, c’est beaucoup plus rentable que 4 billets de train.
Après les phases de groupe, j’étais crevé de la route, donc on a juste mangé un truc et chill à l’hôtel. Quand je venais en train avant, j’étais plus en forme pour sortir le samedi soir, mais là j’étais trop mort. Par contre, dimanche soir après le tournoi, on est allés au resto avec pas mal de gens de la communauté, puis Volty, Promano, Yeti et moi on a repris la route en soirée pour que je les dépose chacun chez eux dans la nuit. Franchement même la route en voiture vu que tu parles avec eux ça passe plutôt vite et c'est une bonne ambiance car tout le monde est content d'aller à la LAN.
La compétition c’est très bien, mais au final la vraie base des LANs c’est également de passer un bon moment avec la communauté, que tu gagnes ou pas.
Comme mot de fin, franchement, juste un grand merci à tous les acteurs de la communauté pour le soutien et l’énergie que vous mettez dans Splatoon ! Que ce soit les joueurs, les spectateurs, les organisateurs ou autres. J’ai joué à pas mal de jeux vidéo, et la communauté Splatoon, bien qu’elle soit plus petite que d’autres, est vraiment soudée et sympa.
Fullwipe 2022, 2023, 2024, 2026 : 1ère place
Riptide 2025 : 1ère place
Oktofest 2025 : 1ère place
European Championship 2019 : 1ère place
Championnat de France 2017, 2018, 2019, 2023 : 1ère place
Zuny Gaming Masters : 1ère place
Play by Pax : 1ère place
Worlds 2019 : 3ème place ☹️
European Championship 2018, 2023 : 3ème place ☹️